Deschamps, l’architecte du désordre par François Sorton

Deschamps, l’architecte du désordre par François Sorton

Didier Deschamps s’est assis en Albanie pour la 100ème fois sur le banc de l’équipe de France. Comme d’habitude, il a gagné  ; comme d’habitude, on a été gagné par un ennui grandissant et glacial. Comment un architecte doté d’un si beau matériel peut-il rendre un édifice aussi laid  ? Comment une équipe peut-elle jouer si mal avec des joueurs de la qualité de Varane, Griezmann ou Mbappé  ?

Roi de l’applaudimètre
Plusieurs sondages réalisés récemment auprès de passionnés de football sont tous unanimes et laissent rêveur  : Deschamps est le meilleur entraîneur de tous les temps devant son père adoptif, Aimé Jacquet (les sondés ont dû vite oublier Arsène Wenger et n’ont peut-être jamais entendu parler d’Albert Batteux, entre autres). Ce résultat n’est pas optimiste, il incite à penser que les supporters ne s’intéressent plus qu’au résultat brut (les manifestations extravagantes post-Russie le prouvent) et que le jeu proprement dit n’est qu’accessoire. D’ailleurs, aidés par un battage médiatique conséquent, ils ont le sentiment que la France est une équipe offensive au prétexte qu’elle a marqué autant de buts en phase finale de la Coupe du Monde 2018 que le Brésil en 1970. Cet argument est si fallacieux, trompeur qu’il en est proprement spécieux. La présence de cracks comme Griezmann ou M’Bappé masque son inculture offensive et son manque de goût pour les grandes envolées. Le rapport entre la qualité du jeu et la qualité des joueurs est tout simplement catastrophique. Il y a donc de la schizophrénie chez ces supporters qui admirent l’équipe de France tout en pourfendant la Ligue 1 qui n’est que son émanation, sa vitrine honteuse. Le championnat est contaminé par l’obsession de la victoire développée par Deschamps et les 19 entraîneurs (PSG et Tuchel sont à part) voudraient être rattrapés par cette contagion. Mais ils n’ont pas de Griezmann, pas de Mbappé pour faire de différences et c’est ainsi que la moindre équipe venue de Roumanie ou d’Azerbaïdjan fait figure d’épouvantail pour les clubs français en Ligue Europa.

Qu’est-ce que ce 3-4-1-2  ?
En Albanie, Deschamps a innové avec un système qui pourrait bien devenir son système préférentiel tant il se prête au jeu de contre-attaque qui a la faveur du sélectionneur. Quand Guardiola inaugure un 3-4-3 à Manchester City, son dessein est de mieux provoquer le déséquilibre de l’adversaire. Pour Deschamps, c’est pour mieux se protéger puisque devant trois défenseurs centraux, il va y avoir une ligne de 4 joueurs à vocation défensive, à savoir deux latéraux et deux milieux défensifs. A Griezmann de prendre et d’organiser le jeu et à Mbappé et un complice de marquer. Comme quoi les systèmes ne veulent pas dire grand-chose, c’est ce qu’on veut en faire et la nature des joueurs qui importent.
Il n’empêche que Deschamps, une nouvelle fois, a réussi son coup  : la France est sortie première de son groupe et une nouvelle fois, il a réussi à nous faire douter du football dont il n’est pas un apôtre très convaincant. Il est très chanceux (les tirages au sort sont toujours excellents) et très fort. Parfois, la roue tourne. Plus vite elle tournera et mieux le football et les forcenés du jeu se porteront.