Lyon sous la grâce d’Aouar par François Sorton

Lyon sous la grâce d’Aouar par François Sorton
Plus bizarre que Lyon, tu meurs  ! Un jour capable de rivaliser avec Manchester City, le lendemain d’être inexistant contre le premier venu. Qualifiés pour les huitièmes de finale de la Ligue des champions après un bon match nul (1-1) au Shaktar Donetsk, les Lyonnais doivent une fière chandelle au plus constant des leurs, Houssem Aouar, remarquable tout au long de la phase éliminatoire.
Si Raymond le dit

On a cru avoir la berlue quand Raymond Domenech a dit  :  «  Aouar devrait être en équipe de France  ». Oui, il a dit ça, l’entraîneur qui aime tant les milieux grands, forts, les «  qui renvoient le ballon au-dessus les tribunes quand l’équipe mène 1-0 et qu’il reste cinq minutes à jouer  ». Il a même été le témoin si impuissant de la grève de Knysna et malgré tout finaliste de la Coupe du Monde 2006). Bon, les états de service de notre Raymond national ne plaident pas pour une si franche adhésion à l’égard d’un Aouar exactement à l’opposé de ce qu’il aime dans le football. Et pourtant, oui, l’ancien défenseur qui envoyait souvent ses adversaires au tapis ou à l’hôpital en a plein la bouche quand il évoque le surdoué lyonnais qui agite les chéquiers de tous les grands clubs européens.
Si Domenech arrive à aimer, on se demande donc si Deschamps n’est pas encore plus réfractaire au jeu que lui. N’importe quel sélectionneur sensible au jeu de football ferait d’Aouar et de Rabiot son assise pour préparer le futur mais Deschamps, non. Qu’est-ce qui lui déplaît donc tant chez ce pur numéro 8  ? Son élégance naturelle qui le fait ressembler à l’Italien Antognoni, champion du monde 1982, sa préférence pour l’esquive plutôt que pour le duel, la qualité et la variété de ses passes, son aptitude à interpréter le jeu, sa disponibilité permanente auprès du porteur de ballon sans multiplier les courses dans le vide, son réflexe naturel à chercher des intervalles, sa finesse et son toucher de balle dans les dribbles, ses contrôles orientés, sa faculté à rendre propres des situations confuses  ? Oui, qu’est-ce qui ne plaît pas à Deschamps chez cet aristocrate du jeu  ? Il n’entre pas dans ses cases, voilà tout, lui qui affectionne les milieux défensifs ou les «  box to box  ». Aouar n’est pas de cette lignée. Il l’obligerait à changer ses plans. Et pourquoi changer quand on est sélectionneur champion du monde, doit-il penser  ? Le prodige lyonnais de 20 ans devra t-il attendre, comme Guillou en son temps, d’avoir 27 ans pour endosser le maillot bleu, le seul habit à sa taille  ? L’étoile d’Aouar est tellement plus belle pour le football que celle en toc décrochée à Moscou un assez triste soir de juillet…