Bordeaux a la gueule de bois par François Sorton

Bordeaux a la gueule de bois par François Sorton
Il y a 10 ans, le club de Strasbourg disparaissait du paysage du football français professionnel pour avoir fait faillite. C’est exactement ce qui pend au nez des Girondins de Bordeaux s’ils ne trouvent pas un repreneur avant cet été. King Street, le fonds d’investissement américain propriétaire du club, a jeté l’éponge.

Tout faux  !
Le 8 novembre 2018, Alain Juppé, alors maire de Bordeaux, lève les bras en croix en signe de victoire sur le perron de l’Hôtel de Ville. Il annonce fièrement que «  le rachat du club par King Street va ouvrir une nouvelle ère de succès  ». Le fonds d’investissement prend le relais de M6, las de perdre de l’argent. Dans l’environnement du football français, Bordeaux, c’est une place forte  : 6 fois champion de France, 4 Coupes de France, une demi-finale de Coupe d’Europe des Clubs Champions en 1985, c’est aussi la naissance ou l’éclosion de grands footballeurs comme Trésor, Lacombe, Giresse, Dugarry et bien sûr le plus illustre d’entre eux, Zidane. Aujourd’hui, Juppé, l’un des théoriciens de la «  mondialisation heureuse  » regrette sûrement d’avoir laissé un des fleurons de sa ville –au temps du stade Chaban Delmas, on jouait à guichets fermés- aux cyniques aventuriers qui laissent une ardoise de 80 millions d’euros. Comme dans toutes ces sociétés qui s’emboîtent comme des jeux de dominos, il n’y a pas de responsable. Les Girondins avaient nommé Frédéric Longuepée comme président délégué. Gymnaste distingué, Longuepée est un économiste chargé de faire des acrobaties pour optimiser les revenus. C’est raté  ! C’était déjà mal parti  : à leur arrivée, les Américains avaient nommé un entraîneur portugais, Paulo Sousa, et 17 adjoints étrangers dont aucun ne parlait français. A la fin, personne ne se parlait plus du tout et l’inéluctable est arrivé  : le club est en déroute financière et sportive. Tous ces fonds d’investissement savent que l’on ne gagne pas d’argent avec le football mais ils s’offrent tous le plaisir de s’offrir un «  produit  » qui a la cote en espérant trouver la bonne martingale. Mais c’est comme au casino  : la bonne martingale n’existe pas. Il est tout de même d’une arrogance folle de croire que la bonne solution était d’évincer du club toutes les anciennes gloires du club pour le faire avancer.
Trois mois, pas plus
Le tribunal de commerce de Bordeaux a trois mois pour éviter le dépôt de bilan et trouver un repreneur. Dans le contexte actuel –incertitude sur les futurs droits télé, absence de recettes au guichet- l’affaire ne s’annonce pas comme une formalité. Bruno Fievet, industriel local, et Gérard Lopez, condottiere au long cours, ancien président de Lille et spécialiste de la «  net économie  », sont sur les rangs. Mais comment faire pour arrêter cette folie des fonds d’investissement qui polluent le football plus qu’ils ne l’enrichissent  ? Faire des lois, comme l’a fait l’Allemagne  : aucun fonds étranger ne peut acheter plus de 49% des parts d’un club de la Bundesliga. Le football allemand a-t-il l’air de s’en porter plus mal  ?