Quand le football devient illisible… Par François Sorton

Quand le football devient illisible… Par François Sorton

Des hiérarchies sont bousculées à grande vitesse, des premiers de la classe ne savent plus lire leur partition, des leaders sont contrariés  : on ne se souvient pas d’une époque si agitée sur le front du football européen.

Manchester City, pur symbole d’un renversement

Il y a quelque temps, nous vous faisions part ici-même des doutes qui entouraient Manchester City. Nous avions tort. Nous venions de voir, 9 fois consécutivement, les bonnes intentions des hommes de Guardiola frappées d’impuissance. Subitement, sans explication, City est passé de l’ombre à la lumière en remportant 18 matches d’affilée. Plus prudente - 15 buts encaissés en 25 matches - l’équipe reste unique lorsqu’il s’agit de mettre hors de position les défenses renforcées grâce à un jeu de passes qui n’a pas d’équivalence. C’est à cela que l’on reconnaît la grandeur de Guardiola. Curieusement, c’est au moment où City amorçait son renouveau que Liverpool commençait sa dégringolade. Son attaque irrésistible –Mané, Fiminho, Salah- si prolifique est devenue muette. L’équipe a perdu son dynamisme et son explosivité, son jeu est devenu décousu.
Mais que dire de Tottenham, l’équipe de Mourinho qui a démarré tambour battant et qui fait du surplace à 23 points de City  ?
Qu’elle joue mal, comme toutes les équipes entraînées par le Portugais et qu’elle s’en remet seulement au grand talent de Kane et de Son, attaquants formidables mais desservis par un football à l’emporte-pièce. Depuis dix ans, Guardiola surclasse le Special One déchu.

Pirlo ou les espoirs déçus
En Italie, c’est un scénario très inédit  : la Juve est distancée de 8 points par l’Inter de Milan. La nomination du génial joueur que fut Pirlo au poste d’entraîneur faisait naître beaucoup d’espoirs, non tenus jusqu’à maintenant. Dans un immuable 4-4-2 où Rabiot doit jouer le rôle d’un «  box to box  » qui n’est pas vraiment le sien, on dirait que la seule stratégie consiste à donner le ballon à Cristiano Ronaldo. Le buteur portugais est plutôt en forme mais l’expression collective générale est très laborieuse  : les mouvements sont stéréotypés et la défense de la Juve commence à faire son âge. On attend mieux de Pirlo, dont les actes trahissent sa parole de conquérant.
Barça et Real, un coup oui, un coup non
Si l’Atletico de Madrid a pris délibérément la tête de la Liga, il le doit plus aux sautes d’humeur du Real et du Barça qu’à son propre talent. Faire du yoyo est devenu le sport préféré des deux grands clubs espagnols. Le Real, grâce notamment à un Benzema parfois étincelant, avait retrouvé beaucoup d’allant au mois de décembre avant de retomber dans la grisaille. Il ne faut pas croire non plus que le Barça a été toujours aussi insignifiant que face à un bon Paris Saint-Germain. Il a même livré de très bons matches courant janvier mais ce ne fut qu’un feu de paille là où on entrevoyait une timide résurrection. En Espagne encore, comme on le voit, tout est flou et fluctuant, rien de tangible ne se dégage. On a du mal à s’y retrouver si ce n’est chez deux clubs plus modestes, le F.C Séville et la Real Sociedad, dont le jeu mérite le détour. Séville n’est pas le premier venu mais ses moyens relativement modestes l’empêchent de monter plus haut. C’est dommage  : l’ancien et éphémère sélectionneur de l’équipe d’Espagne, Julien Lopetegui, propose un jeu intéressant dans sa conception offensive. Mais l’équipe la plus spectaculaire d’Espagne se trouve à Saint-Sébastien. Il n’y a pas que les meilleurs tapas du monde dans la station balnéaire basque, il y a aussi la Real Sociedad dont le football très académique, d’un pur classicisme, nous réjouit. Il y a presque un goût suranné dans ces passes à répétitions caressées, ces contrôles et ces touchers de balle si soyeux. Vous tombez par hasard sur un match de la Real Sociedad et vous ne la quittez plus. Bon, il y a des jours sans où les redoublements de passes sont stériles mais les jours avec nous égaient.

Que vaut la bande des 4  ?
Si le suspense était un élément déterminant de la valeur d’un football, le championnat de France serait tête d’affiche. Lille, le PSG, Lyon et Monaco sont à la lutte et c’est toujours mieux qu’un cavalier seul du club parisien. Mais est-ce que le suspense est synonyme d’excellence footballistique  ? Non, bien sûr, il n’empêche que ces 4 équipes –pas une de plus- améliorent sensiblement la qualité de la Ligue 1 comparativement aux saisons précédentes. Là encore, les ambiguïtés se chevauchent  : un jour le PSG atomise le Barça, le lendemain Lille est ballotté par l’Ajax d’Amsterdam, le surlendemain le PSG fait pâle figure contre Monaco  : c’est la grande confusion. La seule chose d’à peu près incontestable est que les 16 autres équipes n’ont aucun pouvoir de séduction. Autre certitude  : Didier Deschamps ne changera pas de route. A-t-il pris la bonne  ?

On ne vous a pas parlé de l’Allemagne, exempte du capharnaüm où la stabilité semble régner  : le Bayern mène la danse et le football pratiqué par l’ensemble des clubs demeure très offensif, à défaut d’être toujours maîtrisé. Leipzig, le Borussia Dortmund ne manquent pas de charme et l’on entendra sûrement parler dans les années à venir de l’Eintracht Francfort au jeu pétillant et même subtil.
Mais le football de cette saison 2020-2021 est aussi capricieux qu’un Covid  !