Rudi Garcia est-il nul ou génial  ? Par François Sorton

Rudi Garcia est-il nul ou génial  ? Par François Sorton
Pour l’ensemble de la presse, l’entraîneur de Lyon Rudi Garcia était un moins que rien il y a une semaine. En cas de défaite contre la Juve, le casting pour le remplacer était commencé. Il était alors voué aux gémonies, souvent moqué. Le 15 août, il était devenu un tacticien génial après la qualification (3-1) contre Manchester City. La vérité n’est-elle pas entre les deux  ?

Méritocratie
Si la méritocratie existait en football, Garcia en serait un parangon. Il a entraîné Corbeil en Division d’Honneur, a été peu de temps adjoint à Saint-Etienne, pointe ensuite en Ligue 2 à Dijon, puis enfin en Ligue 1 au Mans qu’il mène à une honorable 9ème place. Il monte en grade à Lille où il réalise un formidable doublé championnat-coupe de France en 2010-2011 avec un trio d’attaquants Gervinho-Sow-Hazard qui pète le feu. En 2013, il répond aux sirènes de l’AS. Roma. La première saison est formidable, couronnée par une place de dauphin derrière la Juve après un début de saison foudroyant  : 10 matches, 10 victoires. Il est licencié deux ans plus tard quand ça ne marche plus du tout et débarque à Marseille en même temps que le nouveau président Mc.Court. Une place de finaliste de la Ligue Europa, c’est à peu près le seul titre de gloire d’un bilan plutôt décevant. Le 22 mai 2019, l’OM ne veut plus de lui et lui ne veut plus de l’OM. Séparation. Le 14 octobre dernier, après un début de saison calamiteux, l’improbable Brésilien Sylvinho est remercié par Lyon. A la suite d’en surprenant entretien d’embauche avec Juninho, il chipe la place promise à Laurent Blanc. En championnat, ça ne va pas fort, au coup de gong en mars, Lyon est 7ème. On connaît la duite en Ligue des Champions. C’est une carte de visite très honorable qui pourrait faire beaucoup d’envieux dans la confrérie des entraîneurs.
Sarcasme
Depuis sa nomination à l’OL, Garcia en a lu et entendu des vertes et des pas mûres. «  La plus grosse erreur de l’ère Aulas  », selon les uns  », «  un piètre et un pitre parmi les tacticiens  », selon les autres. Il vaut mieux entendre et lire ça que d’être sourd et aveugle mais enfin il vaut mieux être blindé. En une semaine et deux matches –l’un très laborieux contre la Juve, l’autre plus abouti contre City- pirouette à 360 degrés. Garcia est devenu «  un technicien formidable  », «  un meneur d’hommes incomparable  ». Garcia serait-il devenu un héros  ? Non. Etait-il un zéro  ? Pas davantage. Il n’a pas de conviction profonde  : avec Lille et l’AS.Rome, son 4-3-3 était très offensif. A Marseille, on ne savait pas, ça variait. A Lyon, il a mis en place un 5-3-2 très défensif et rigide qui laisse le ballon à l’adversaire pour contrer. C’est dommage pour le remarquable milieu de terrain Guimares-Aouar-Caqueret voué à un travail de récupération harassant. Que l’on soit prudent contre la Juve ou City, à priori très supérieurs, passe encore, le problème est que Lyon joue de la même façon à Brest, Nimes, Metz, Amiens ou Brest et qu’il y perd souvent. Si Garcia ne vaut pas un torrent d’éloges, il ne vaut pas davantage les sarcasmes. Entre deux excès, le juste milieu lui conviendrait mieux.