PSG-City  : duel de nababs par François Sorton

PSG-City  : duel de nababs par François Sorton

Les deux clubs les plus riches du monde (au sens où leurs moyens sont illimités) vont donc en découdre dans une demi-finale prometteuse entre PSG-Qatar et Manchester City-Abu Dhabi. Pour Paris, il s’agira d’une revanche après une défaite en quarts de finale en 2016 (2-2,0-1) un soir où Laurent Blanc avait tourné casaque en étrennant un funeste 5-3-2. Il y a seulement 20 ans, qui aurait pu imaginer que la géopolitique dominerait le football  ?
PSG, le roi du contre, oui mais…
Si le football était noté comme la boxe, le Bayern de Munich aurait éliminé le Paris Saint-Germain de peu aux points. Les Bavarois ont fait un match formidable à l’aller, ils ont perdu, les Parisiens ont fait un très bon match au retour qu’ils ont également perdu. Le football est bizarre quand il ne récompense pas les siens selon leur mérite. Si poussifs face aux clubs en Ligue 1 qu’ils négligent parfois comme un petit peuple dont ils se désintéressent, les footballeurs de la capitale se «  mettent sur leur 31  » à l’heure de l’Europe, un monde qu’ils jugent digne de leur statut. Ils auraient sûrement été renvoyés à leurs études si Lewandowski avait été là mais ils arguent qu’il n’y avait pas non plus Verratti, sans qui la vie n’est plus la même. On le savait, bien sûr, mais ils ne font pas tout pour que ça se voie tous les dimanches  : M’Bappé et Neymar sont des extra-terrestres qui font des différences incroyables. Avec eux, le football n’est plus vraiment un sport collectif mais une addition d’exploits individuels qui vous transperce inexorablement. Un gardien d’exception, Navas, deux attaquants en feu et le tour est joué  ? C’est un peu ça mais au Parc, les joueurs de Pochettino ont fait mieux, construisant un football cohérent avec Gueye et Paredes, qui ont réalisé une survaleur en pressant constamment et en initiant avec justesse des décalages auxquels ils ne nous avaient pas habitués. Et quand Di Maria fait du Di Maria (c’est rare cette saison) l’équipe parisienne ne manque pas de tenue.

City, le roi de la possession, oui mais…
Faire la fine bouche, chercher la petite bête à Guardiola quand on pense qu’il est un entraîneur inégalable depuis 14 ans et qu’il a révolutionné le football à Barcelone  ? Pourquoi pas…Les Anglais sont toujours les grands maîtres de la possession du ballon mais elle est parfois stérile, cette possession, improductive comme si monopoliser la balle était une fin en soi. Le bloc très haut s’est transformé en bloc médian et il est toujours plus difficile pour construire de récupérer la balle à 60 mètres des buts adverses qu’à 40. Guardiola trouvait que son équipe prenait trop de buts, elle n’en prend plus (seulement 23 en 32 matches). Mais son pouvoir offensif et créatif semble émoussé, son efficacité moindre. Il faut dire que Guardiola joue actuellement avec 3 attaquants qui sont de faux attaquants  : Mahrez est un joueur de couloir qui travaille beaucoup, Bernardo Silva est un vrai milieu de terrain et Foden redescend assez bas. Mais ces grains de sable n’empêchent pas City d’être une équipe qui sort de l’ordinaire par sa maîtrise et sa science du jeu, son expression collective incomparable, sa recherche constante de trouver des espaces où il n’y en a pas. Y a-t-il en Europe équipe plus attrayante, plus possédée par le jeu  ? Non, bien sûr. L’opposition de style, dans une quinzaine de jours, promet deux confrontations dont on espère qu’elles ne seront pas dévoyées par la haine que se portent les deux pays.

Le Real, une valeur sûre
Le Real Madrid est à la Ligue des champions ce que l’or est à la spéculation  : une valeur sûre. Il n’a pas forcé pour évincer un Liverpool décevant (3-1 sur les deux matches). L’affaire ne sera pas simple en demie contre le Chelsea de Tuchel dont le mode d’expression - pressing infernal, intensité, vitesse de déplacement- est difficile à contrarier. Mais Zidane connaît la chanson et l’intenable Benzema est à la baguette.
D’une manière générale, cette édition 2020-2021 nous laisse un peu sur notre faim comparativement à ses fières devancières. Une explication, peut-être  : l’absence du public, éventuellement source de dépassement. Mais la Ligue des champions reste malgré tout ce qui se fait de mieux dans le monde du football et les confrontations entre le PSG et le Bayern n’étaient pas là pour infirmer cette idée.