Euro 2021


La France qui fait peur par François Sorton

Si la France du présentateur du journal télévisé Roger Gicquel a peur le 18 février 1976, on peut dire que la France de Didier Deschamps du 11 juin 2021 fait peur. Le sélectionneur national dont le pragmatisme et le réalisme peuvent nous éreinter, s’avance vers cet Euro 2021 avec un palmarès flatteur : il a été sacré champion du Monde et champion d’Europe comme joueur en 1998 et 2000, champion du Monde comme sélectionneur en 2018. Sa soif inaltérable de victoire offrira -t-elle à la France un troisième trophée continental ?

A Marseille, un duel de géants

En 1984, la France gagne pour la première fois une grande compétition en battant assez facilement en finale (2-0, match terne) au Parc des Princes une équipe d’Espagne assez faible et trahie par une bourde de son gardien Arconada, pourtant un grand joueur. Si le tour préliminaire avait été assez confortable avec une victoire marquante (5-0) contre la Belgique du si élégant Enzo Scifo, la demi-finale arrachée au Portugal (3-2 après prolongations) avait été haletante et suffocante dans un stade vélodrome de Marseille fiévreux. Si facile et fluide jusqu’alors, la France avait dû puiser dans ses derniers retranchements pour venir à bout de Portugais aussi fins et racé que Chalana ou Jordao. Longtemps après la fin d’un match si passionnant, enlevé, réussi, le trop émotif Michel Hidalgo et son homologue Fernando Cabrita se donnaient une longue étreinte résumant bien l’esprit d’un match chevaleresque.

En 2000, il y avait plus de froideur dans la victoire d’une génération qui venait de remporter la Coupe du Monde. Favorite à Rotterdam contre une Italie passive, la France de l’improbable Roger Lemerre (plus impétueuse cependant que celle d’Aimé Jacquet) avait dû attendre la dernière seconde du match pour se tirer d’affaire, grâce à une égalisation de Sylvain Wiltord qui venait de remplacer Dugarry. Une demi-volée de Trézéguet durant la prolongation parachèvera le succès d’une équipe qui prêta moins à l’enthousiasme que la bande à Platini mais fut beaucoup plus encensée. C’était le début de la télé outrancière et des réseaux sociaux et ces Bleus-là connaissaient toutes les ficelles de la renommée et de la gloire.

Sueurs froides

Que l’équipe de France brandisse un troisième trophée européen est une idée qui n’est pas farfelue. Les Français font peur, leur ligne d’attaque donne des sueurs froides à tous ses adversaires et l’ensemble est si équilibré que 23 entraîneurs se demandent ce qu’ils vont pouvoir inventer pour contrarier leur semblable Deschamps. Il n’est pas utile d’être prophète pour deviner qu’ils vont se recroqueviller et attendre, piéger les Français à leur propre jeu, qui n’est pas d’attaquer en première intention. Face à la vitesse, la virtuosité, l’intelligence de Griezmann, Mbappé, Benzema, vous ne faites pas le malin. Mais on se gardera bien de tout pronostic alors que s’annonce une compétition inédite post-covid, vagabonde et itinérante, qui débutera le 11 juin à Rome pour se terminer le 11 juillet à Londres. Que valent des formations qui n’ont pas fait de véritable compétition depuis 3 ans ? On n’en sait pas grand-chose, les matches amicaux n’ont pas de signification particulière. On ne peut se fier qu’à la richesse de certains effectifs et à ce petit jeu-là, Angleterre, Belgique, Espagne (décimée par le virus), Pays-Bas, Portugal ont plutôt bonne mine. Mais l’Italie, si vexée de son absence à la dernière Coupe du Monde en Russie, ne devrait pas laisser sa part aux chats. Elle a un milieu de terrain techniquement haut de gamme (Locatelli, Jorginho,Verratti) mais se pose la même question que le PSG : Verratti sera -t-il en mesure de jouer toute la compétition sans se blesser ?
Sacré Verratti, aussi brillant qu’insaisissable !