Le Miroir du Football

LE MIROIR DU FOOTBALL

Le Miroir du football est né en 1960, de la volonté de François Thébaud, qui s’est battu auprès de la direction de Miroir-Sprint, journal omnisports auquel il collaborait, pour lui imposer ce magazine _ d’abord mensuel, puis bimensuel en 1971 _ entièrement voué au football. Ce grand journaliste sportif, qui incarne l’amour et la connaissance du football, servis par une indépendance d’esprit à l’égard de tous les pouvoirs, en sera le rédacteur en chef. Il devient le «  cerveau  » d’une équipe de collaborateurs permanents ou pigistes, tous footballeurs ex-professionnels ou amateurs. Jusqu’à la rupture en 1976 avec la direction des «  éditions J  », qui voulait donner au journal une orientation plus conformiste, plus opportuniste, à l’instar des publications du groupe de L’Equipe  (le quotidien et son hebdomadaire France-Football), contre lesquelles F. Thébaud a constamment ferraillé  !

Ce journal de référence pour tous les amoureux de beau football est doté d’un réseau de correspondants en Europe, dans les deux Amériques et en Afrique. Il s’appuie sur un certain nombre de principes, sur lesquels il ne transige pas  : le plaisir de jouer ne peut venir que du jeu offensif, libérant les possibilités d’expression de chaque joueur, ce que permet un cadre collectif adéquat. Pour cela, il présente l’actualité du football en privilégiant les équipes et les joueurs qui l’expriment  : le Brésil et la France de la Coupe du monde 1958, le Stade de Reims d’Albert Batteux, le FC Nantes de José Arribas, mais aussi les amateurs du CS Cavalaire (Var) de Robert Bérard ou le Stade Lamballais (Côtes d’Armor) de J-Claude Trotel  ; Pelé, Kopa et Fontaine, Di Stefano… sont les modèles récurrents de ce football spectaculaire. Régulièrement, il présente de longs reportages, avec de nombreuses photos de joueurs en action, sur le football sud-américain, sur les clubs du Brésil notamment.
Pour promouvoir ce football, il propose aussi des rubriques théoriques et «  pédagogiques  » (la passe courte, le 1-2, la défense de zone…), et se prononce pour le 4-2-4 et la défense en ligne mis en place par la Hongrie dès 1953, repris par le Brésil en 1958, sans en faire un dogme.

Les photos visent au même objectif, alliant esthétique et analyse du jeu (positions des joueurs, sens des déplacements…).
Il est volontiers polémique contre les pouvoirs sportifs  : contre la 3F bureaucratique, qui soutient le statut «  esclavagiste  » imposé aux professionnels  par les patrons de clubs et n’aide guère financièrement au développement du football amateur. Contre les choix tactiques des différents sélectionneurs et entraîneurs de l’équipe de France (M.Duguauguez, G.Verriest, H.Guérin, G. Boulogne…) qui brident les capacités des joueurs de la sélection en les faisant jouer le «  béton  » _ une défense ultra-renforcée _, à l’image du «  catenaccio  » de l’Inter de Milan théorisé par Helenio Herrera et en France par Paul Frantz (RC Strasbourg). Avec, comme conséquence de cette option, des prestations et des résultats médiocres pour la sélection nationale.
Il s’intéresse enfin aux rapports entre football, société et économie. Sur ce plan, il est prophétique, peut-on dire, quand il dénonce les premières dérives du football-business  : publicité, paris sportifs…

«  Le football aux footballeurs  !  »  : ce mot d’ordre affirmé dès le numéro 1 du Miroir est le slogan de l’affiche placardée sur la façade du siège de la 3F en mai 1968, lors de son occupation par des joueurs amateurs et professionnels, animée entre autres par des journalistes et lecteurs du magazine. C’est sous cette bannière que Michel Platini, 39 années plus tard, se présentera à la présidence de l’UEFA, démontrant ainsi que les positions développées par F. Thébaud et le Miroir restent un enjeu bien actuel  !