Christian Gourcuff et ... François Thébaud Avril 2010

Dans le monde fortement aseptisé du football professionnel où l'équipe bien en place va chercher à prendre les trois points à domicile en restant rigoureuse et en s'appuyant sur une défense efficace, il y a des discours qui peuvent prendre le contre-pied de ces banalités récurrentes. C'est celui de Christian Gourcuff, influencé tout petit par la lecture du Miroir du Football et de son rédacteur en chef François Thébaud. Christian essaye du mieux qu'il peut de transmettre ces valeurs. « Pour moi, le jeu collectif est aussi ma conception de la vie. Il est synonyme de partage. Mais j'avoue que je ressens un décalage entre la société telle qu'elle est et ma perception des choses. L'individualisme prend le pas sur tout. Je vais prendre un exemple : je ne comprends pas que des journalistes notent les joueurs. Moi, je n'en ai jamais noté un seul durant toute ma carrière d'entraîneur. C'est tellement subjectif. Et cela peut renforcer l'individualisme des joueurs, s'ils privilégient leurs statistiques personnelles au détriment du collectif. »

A cela, il pourrait reprendre ces lignes de François Thébaud écrites en 1960. « Non, il ne suffit pas de réunir des vedettes sous les mêmes couleurs pour constituer une grande équipe. N'est-il pas facile de comprendre que de vrais joueurs d'équipe ne s'épanouissent totalement que là où règne la meilleure conception du jeu d'équipe ? Loin de niveler les valeurs individuelles, l'esprit d'équipe leur permet seul d'atteindre à l'épanouissement total. Et cette vérité profonde du Football est valable pour la plus modeste des équipes comme pour le Real de Madrid. »

Christian Gourcuff parle de ses motivations « Bien sûr que j'aimerais que mon équipe marque un peu plus de buts, soit plus efficace. Mais à défaut d'avoir une équipe capable de marquer beaucoup de buts, j'ai le plaisir de travailler tous les jours avec des hommes qui adhèrent à mes idées. C'est aussi ce qui me fait avancer et me permet de trouver la motivation. J''ai 54 ans, je suis bien à Lorient. Ici, je pense pouvoir bénéficier d'une certaine sécurité par rapport à mon travail, aux idées que je défends. Cela n'a pas toujours été le cas. Je pense à Rennes. J'ai la passion du jeu, tout simplement »

Il insiste aussi sur le plaisir du jeu et l'utilisation du ballon. « Il m'arrive de travailler sans sur des aspects tactiques. Mais sur un laps de temps très réduit. Le ballon est au centre de tout. Je ne conçois pas un échauffement collectif sans lui, car les joueurs éprouvent du plaisir à le toucher, à le transmettre. La notion de plaisir est essentielle.

On peut gagner en jouant mal, mais pas sur la durée. Le résultat est toujours important, mais l'épanouissement passe aussi par les sensations, les émotions. En général, une équipe qui est capable de garder le ballon sera moins en danger que celle qui passe beaucoup de temps à défendre. »

Entraîneur, un métier difficile et très aléatoire, où les techniciens ont souvent très peu de temps pour faire leur preuve. Christian explique pourquoi il continue. « Pour la recherche de ces moments de plénitudes, tels que j'en ai connus en 1998, lors de la première montée. Il y avait une telle osmose dans le groupe, entre ce qu'on faisait et ce qu'on voulait faire. J'ai eu du mal à retrouver ça depuis, même si j'ai connu des moments forts comme le match de la montée, il y a trois ans. Il y avait une telle tension, c'était très fort sur le plan émotionnel. "

Christian Gourcuff se réfère à celui qui l'a inspiré, François Thébaud.

François, c'était une grande rencontre pour moi. Cela dépassait le cadre du foot. Dans ma jeunesse, j'étais un passionné de ballon. Je jouais en permanence et, avec mes copains, nous dévorions le Miroir du Football. Nous achetions un seul exemplaire de la revue mais nous lisions tout : c'était important pour nous.

Je connaissais François par ses écrits et je l'admirais beaucoup avant de le rencontrer.

L'été, nous participions à des tournois de sixte à Moëlan et François se déplaçait pour nous voir jouer. Nous avions fini par faire connaissance. Et comme mon équipe avait pris le nom de Fluminense, un grand club de Rio de Janeiro, François nous avait ramené un jeu de maillots du Brésil !

Par la suite, j'ai eu souvent l'occasion d'aller le voir chez lui, à Riec-sur-Belon.

Merci Christian pour ce témoignage

F B